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L’éducation des réfugiés en contexte urbain : renforcer les politiques et les pratiques d’accès, de qualité, et d’inclusion par Mary Mendenhall, S. Garnett Russell et Elizabeth Buckner

Dans le cadre de la journée thématique « Education et Migration » organisée par NORRAG et RECI (Réseau Suisse Education et Coopération Internationale) les principaux résultats d’un rapport sur l’éducation des réfugiés en contexte urbain sont présentés dans ce NORRAG Highlights. Cette étude est signée par Mary Mendenhall, S. Garnett Russell et Elizabeth Buckner et a été menée par une équipe de recherche composée de Professeurs, d’étudiants et de diplômés récents du Teachers College de la Columbia University[i]. Cette étude à l’échelle mondiale, met en avant les défis rencontrés lors de l’intégration des réfugiés en contexte urbain, notamment lorsqu’il s’agit de leur accès à une éducation de base et de qualité. Le rapport « Éducation des réfugiés en milieu urbain : renforcer les politiques et les pratiques d’accès, de qualité, et d’inclusion » a été publié en Février 2017, il a été accompagné de la création d’outils permettant d’orienter les donateurs, et le travail des gouvernements, institutions internationales et société civile dans le processus d’élaboration de politiques éducatives adaptées pour l’intégration des réfugiés dans les milieux urbains.

Face à l’urbanisation croissante des populations réfugiées, une équipe de recherche du Teachers College de la Columbia University (New York, États-Unis) a mené une étude sur les politiques et les pratiques éducatives mises en place pour les réfugiés urbains nécessitant une éducation élémentaire en 2015-2016. L’étude a été généreusement appuyée par le Bureau de la population, des réfugiés et des migrations du Département d’État des États-Unis.

L’étude se concentre sur les pays du Sud, étant donné que 86% des réfugiés résident dans des régions en développement (HCR 2016). L’étude a trois composantes: 1) une analyse documentaire du paysage juridique et politique existant; 2) une enquête mondiale; et 3) des études de cas sur trois pays. Les données de l’enquête proviennent de 190 personnes travaillant pour des agences des Nations Unies et des organisations non gouvernementales (ONG) nationales et internationales dans 16 pays différents répartis dans quatre régions du globe différentes ayant des taux élevés de population urbaine (Moyen-Orient et Afrique du Nord, Amérique latine, Afrique subsaharienne et Asie). Des données qualitatives plus nuancées proviennent de nos études de cas dans trois pays, menées à Nairobi (Kenya), Beyrouth (Liban) et Quito (Équateur). Pour les études de cas, les auteurs de l’étude ont mené des entretiens approfondis avec plus de 90 parties prenantes, notamment des représentants du gouvernement du pays hôte, des représentants de l’ONU, du personnel d’ONG, des directeurs d’école et des enseignants.

L’étude a mis en lumière plusieurs caractéristiques croisées des populations de réfugiés urbains qui les distinguent des autres populations de migrants basées dans les camps. Ces caractéristiques aident à encadrer les conclusions et recommandations présentées dans cette étude.

Premièrement, l’étude montre que les réfugiés urbains ont des besoins éducatifs interdépendants et distincts, étant donné qu’ils sont: 1) déplacés hors de leur pays; 2) installés par eux-mêmes et dispersés dans toute la ville; 3) ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour répondre à leurs besoins fondamentaux et pour trouver des opportunités en matière d’éducation et de moyens de subsistance; et 4) vulnérables à la discrimination, à l’exploitation et aux multiples dimensions de la violence.

Deuxièmement, l’étude montre que l’intégration des réfugiés dans les écoles nécessite que les acteurs des gouvernements nationaux jouent un rôle de premier plan (dans la mesure du possible) en offrant des possibilités d’éducation formelle aux enfants et aux jeunes réfugiés se trouvant à l’intérieur de leurs frontières. L’intégration locale dans les systèmes éducatifs formels offre aux apprenants réfugiés la meilleure opportunité d’avoir accès à des enseignants qualifiés et d’acquérir des compétences reconnues en matière d’apprentissage. Néanmoins, l’étude montre également que les opportunités d’éducation formelle peuvent ne pas suffire à prendre en compte le nombre même de réfugiés entrant dans un pays et/ou leurs besoins différenciés (par exemple l’interruption de la scolarité, les besoins psychosociaux, les élèves en surnombre, les problèmes linguistiques, les handicaps), ainsi des opportunités d’éducation non formelle peuvent être nécessaires à court et à long terme.

Troisièmement, compte tenu de la nature prolongée des conflits, de l’urbanisation croissante des populations de réfugiés (60% de la population totale de réfugiés se sont déplacés vers les centres urbains) (HCR 2016) et du rôle du gouvernement national pour aider à répondre aux besoins éducatifs, les politiques, les programmes et les financements doivent relier les secteurs humanitaires et ceux du développement.

Parmi les divers résultats démontrés par l’étude, celle-ci met en avant trois points saillants :

  • L’intégration des étudiants réfugiés dans les systèmes éducatifs nationaux peut être problématique dans le processus d’élaboration des politiques publiques. Ces défis comptent, parmi d’autres, des politiques inexistantes ou peu claires; des environnements politiques instables ou changeant; et des politiques contradictoires ne permettant pas aux administrations nationales ou gouvernementales d’agir de concert.
  • La majorité des pays de cette étude ont des politiques nationales relativement inclusives qui permettent aux réfugiés urbains d’aller à l’école, mais la mise en œuvre de ces politiques pose des défis de taille. Ces défis incluent: un espace et des ressources limités dans les écoles publiques pour accueillir les étudiants; une capacité limitée du gouvernement à monitorer et à mettre en œuvre les politiques publiques; un manque d’informations sur les politiques aux niveaux local et infranational; une autonomie des autorités éducatives locales et du personnel scolaire; et la xénophobie ambiante ainsi que les pratiques discriminatoires croissantes à l’égard des populations de réfugiés.
  • Les organisations locales, nationales et internationales doivent modifier considérablement leurs méthodes de travail avec les réfugiés dans les zones urbaines afin de mieux soutenir le rôle de premier plan du gouvernement, d’améliorer la coordination entre des acteurs divers et variés, de collecter de meilleures données sur les besoins éducatifs des réfugiés urbains, de concevoir et mettre en œuvre des programmes qui profitent à la fois aux communautés de réfugiés et d’accueil, et d’atténuent la xénophobie à l’égard des réfugiés parmi les communautés d’accueil.

Enfin, l’étude propose des recommandations spécifiques, détaillées et ciblées qui permettent de soutenir une éducation inclusive et de qualité par une formation et une mise en œuvre plus efficace des politiques publiques. Ainsi, les recommandations encouragent les gouvernements nationaux, les Nations Unies ainsi que les donateurs à :

  • Plaider en faveur de l’établissement de politiques claires et soutenir l’intégration locale des réfugiés urbains dans les écoles nationales, en reconnaissant les liens réciproques qui existent entre l’accès, la qualité et la rétention.
  • Soutenir une programmation ciblée ou spécialisée par le biais d’opportunités d’éducation non formelle afin d’assurer que les divers besoins des étudiants réfugiés soient satisfaits et/ou de combler les lacunes lorsque les gouvernements nationaux ne sont pas en mesure ou ne sont pas disposés à fournir des opportunités d’éducation formelle.
  • Soutenir la planification du secteur de l’éducation nationale pour inclure les apprenants réfugiés en rassemblant davantage de données ciblées qui seront utilisées de manière responsable par les acteurs gouvernementaux et les partenaires pour identifier, atteindre et soutenir les apprenants réfugiés dans les zones urbaines. La création de nouvelles opportunités et d’approches plus significatives peut également permettre aux décideurs, praticiens et chefs d’établissement aux niveaux national et local de rencontrer les représentants des communautés de réfugiés et de visiter les écoles et les communautés d’accueil. Ceci leur permet d’échanger ensemble pour veiller à ce que les difficultés, les opportunités et les expériences des personnes les plus touchées informent le processus d’élaboration des politiques publiques. Enfin, cela permettrait à différents acteurs au sein d’un même gouvernement de faire un effort d’harmonisation des politiques de leurs ministères en matière d’immigration, de sécurité, d’emploi et d’éducation.

Quant aux organisations de la société civile et aux donateurs, leur rôle serait d’adapter les approches programmatiques et les aides des donateurs pour refléter le nouvel espace opérationnel, et ce en explorant de nouvelles manières de soutenir la fourniture d’éducation formelle et non formelle, y compris l’amélioration des processus de collecte de données, le renforcement des capacités du gouvernement, la formation continue des enseignants, le soutien du gouvernement local et de la communauté (pour l’adoption de politiques nouvelles/révisées relatives à l’éducation des réfugiés) et des efforts pour lutter contre la xénophobie et la discrimination, entre autres. Egalement, il est nécessaire de fournir un financement plus fiable et à plus long terme permettant ainsi de relier les approches humanitaires et le secteur du développement, en mobilisant un soutien financier de nouvelles sources de financement et de nouveaux donateurs.

Ainsi, il incombe à un large éventail d’acteurs de faire des efforts concertés pour fournir une éducation et une formation de qualité aux réfugiés urbains si nous voulons créer les conditions permettant aux enfants et aux jeunes qui, sans aucune faute de leur part, se retrouvent avec peu de ressources, aucune opportunité d’aller à l’école ou d’acquérir des compétences utiles qui pourraient être bénéfiques pour eux-mêmes, leurs familles et leurs communautés.

Le rapport sur la politique d’éducation des réfugiés en milieu urbain a été publié en Février 2017 et présenté à la conférence de la Société d’éducation comparée et internationale (CIES), tenue à Atlanta aux États-Unis du 5-9 mars 2017. En plus du rapport sur les politiques, l’équipe du Teachers College a également produit le matériel suivant, accessible en ligne à l’adresse www.tc.columbia.edu/refugeeeducation:

  • Lignes directrices et stratégies pratiques pour renforcer le soutien afin d’améliorer la qualité de l’éducation pour tous
  • Priorités de plaidoyer pour les politiques publiques et programmes
  • Vidéo et infographie sur l’éducation des réfugiés en milieu urbain

[i] Parmi eux : Elizabeth Buckner, Ph.D., Peter Bjorklund, Ed.M., Jihae Cha,  Danielle Falk, Sarah Horsch, Diana Rodriguez-Gomez, Ed.D., Dominique Spencer

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