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Deuxième colloque international du RAFEC - 10 au 12 Septembre 2013, Yaoundé

10.09.2013

Le deuxième colloque international du Réseau africain francophone d’éducation comparée (RAFEC) est organisé en partenariat avec l’AFEC-Université de Yaoundé 1 sur le thème : Education pour tous, culture et développement.

« Approches comparatives des enjeux et perspectives de l’éducation dans l’espace francophone : à deux ans de l’échéance 2015 »

Du 10 au12 Septembre 2013 à Yaoundé


Argumentaire


Le second colloque international du Réseau Africain Francophone d’Education Comparée (RAFEC) veut explorer, dans une perspective comparative, les relations établies dans la définition et la mise en place des politiques éducatives des pays de l’espace francophone entre Education, Culture et Développement. Cette triangulation trouve sa pertinence dans la nécessaire transitivité qu’appelle la mise en relation binaire généralement établie, dans de nombreuses recherches et études, respectivement entre « éducation et culture », « éducation et développement », « culture et développement ». Toutefois, au-delà de ce constat, il s’agit de poser, à partir de ce triptyque comme base de toute réflexion portant sur les modalités susceptibles de favoriser l’accès de tousau bien-être dans le temps et dans l’espace, quelle éducation, selon quels enjeux culturels et pour quel développement ?

Eduction et culture peuvent en effet être considérées comme « deux faces, rigoureusement réciproques et complémentaires d'une même réalité : l'une ne peut être pensée sans l'autre et toute réflexion sur l'une débouche immédiatement sur la prise en considération de l'autre » (Forquin, 1989).

La culture se définit en général dans un continuum à travers une dimension individuelle, qui la désigne comme « l'ensemble des dispositions et des qualités caractéristiques de l'esprit cultivé, c'est-à-dire la possession d'un large éventail de connaissances et de compétences cognitives générales » (Forquin, 1992), et une dimension collective où elle renvoie à « l'ensemble des traits caractéristiques du mode de vie d'une société, (...) un patrimoine de connaissances et de compétences, d'institutions, de valeurs et de symboles constitués au fil des générations et caractéristiques d'une communauté humaine particulière » (Forquin, 1992). Cependant, quel que soit le sens considéré, le propre de la culture est de faire l’objet d’une transmission par le biais de l’éducation. Cette dernière peut être considérée, selon Ki-Zerbo (1987), comme « une migration spirituelle sans déracinement de l’être humain et comportant un moment d’intégration, de socialisation, ou encore d’enculturation, synchronique d’une auto-éducation qui est une affirmation de plus en plus grande de la liberté de l’esprit en condition socio-historique ». Aussi loin que l’on puisse remonter, les définitions de l’éducation traduisent bien ce lien, en mettant en évidence, comme le fait Charles Hadji, la double dimension éthique (capacité individuelle de juger l’être au regard de valeurs universelles) et socialisante (capacité à partager des éléments de culture avec ses semblables).

Considérer les liens entre éducation et culture appelle quelques interrogations notamment : quels sont les enjeux qui en découlent face à l’accélération des mutations culturelles observées dans le contexte actuel de mondialisation ? Comment appréhender les relations de pouvoir qui sous-tendent l’accès à la culture ainsi que les processus de domination et d’exclusion qui en découlent

dans les systèmes éducatifs ? Comment assurer l’articulation entre une « culture conquise » dont le système scolaire est porteur et une « culture soumise » (Balion, 1981) à laquelle on accède dans d’autres lieux et par d’autres voies, qualifiées parfois d’éducation non formelle ou informelle ?

De la même manière, les liens entre éducation et développement s’alimentent à deux sources. D’une part à l’éducation qui englobe toute action visant « la formation et le développement d'un être humain » et peut se définir comme « l'action qui permet à un être humain de développer ses aptitudes physiques et intellectuelles ainsi que ses sentiments sociaux, esthétiques, et moraux, dans le but d'accomplir autant que possible sa tâche d'homme » (Reboul, 1992) mais aussi comme « le résultat de cette action ». D’autre part au développement perçu, depuis l’émergence de la théorie du capital humain (Shultz, 1964), comme une composante essentielle du développement des pays tant du sud (en développement) que du nord (développés). Ainsi, l’UNESCO reconnait-elle que « l'un des tout premiers rôles dévolus à l'éducation consiste dès lors à donner à l'humanité la maîtrise de son propre développement. Elle doit permettre à chacun de prendre son destin en main afin de contribuer au progrès de la société dans laquelle il vit, en fondant le développement sur la participation responsable des individus et des communautés » (Delors, 1997).

Cependant, peut-on considérer éducation et développement comme deux faces d’une même réalité de la même manière dans les pays du sud que dans ceux du nord ? Quelles formes d’éducation privilégier pour assurer le plein épanouissement des individus et des communautés ? Quels liens entre l’offre d’éducation et le système de production ?

Enfin, le lien entre développement et culture n’est pas seulement la résultante, par transitivité de la relation établie ci-dessus entre « éducation et culture » d’une part, et « éducation et développement » d’autre part. En effet, le développement, qu’il soit individuel ou collectif, est tributaire d’un environnement : celui dans lequel baigne l’individu qui se développe, et celui qui caractérise la société ou le pays concerné par le processus de développement.

Constatant les limites d’une conception du développement qui serait la seule conséquence de la croissance économique, c'est-à-dire « l'ensemble des transformations techniques, sociales, démographiques et culturelles accompagnant la croissance économique » - celle-ci traduisant « l'accroissement durable de la production globale d'une économie » (Capul et Garnier, 1996) - , il est envisagé comme alternative de concevoir le développement comme un processus qui tienne compte à la fois de la nécessité d’accroître les richesses mais aussi de celle de prendre en compte les besoins socioculturels, socioéconomiques et sociopolitiques des individus et des communautés.

L’éducation est considérée comme un processus qui s’opère tout au long de la vie et un droit fondamental pour chaque enfant. Elle est une composante indissociable de tout processus de développement et en ce sens peut contribuer à faire des individus et des communautés les principaux acteurs et bénéficiaires du développement. On peut dès lors mesurer à sa juste valeur l’engagement de la communauté internationale à promouvoir l’éducation pour tous (EPT) d’ici à 2015.

Les notions d’éducation, de culture et de développement prennent souvent des connotations qui conduisent à des différences dans les pratiques selon les contextes ? Dans une telle condition, comment l’éducation est-elle appréhendée dans les réflexions et les pratiques générées par la mise en relation avec la culture et le développement ?

C’est la relation triangulaire entre éducation, culture et développement et les questionnements qu’elle soulève, qui servent de base à la problématique de ce second colloque international du RAFEC avec pour but de susciter la réflexion sur l’organisation de l’éducation, la mise en place et le fonctionnement des systèmes éducatifs dans différents pays du monde d’ici à 2015.

Culture, Education et Développement constituent donc le triptyque autour duquel s’articuleront les communications et débats qui auront lieu. Toutefois, il semble difficile aujourd'hui d’aborder la question de l’Education, sans y inclure la question transversale de la langue d’éducation (autre élément culturel) qui constitue certes une problématique ancienne mais qui conserve toute son actualité au regard de l’intérêt que lui accordent encore les grandes rencontres internationales sur l’éducation.

L’analyse comparative envisagée à travers ce colloque, sur les politiques et pratiques éducatives centrées sur la culture etle développement, implique donc que l’on pose, entre autres, la question suivante : quelles langues, pour quelle éducation et pour quel développement ? Cette dernière sera traitée aussi bien dans le contexte de l’éducation formelle à travers la problématique du choix des langues enseignées et/ou des langues d'enseignement que dans celui de l’éducation non formelle et de l’éducation informelle pour poser la problématique des langues d’alphabétisation et d’éducation des adultes.

Ces rapports complexes portant sur l’éducation à l’ère de la mondialisation forcent à ouvrir de nouvelles perspectives de réflexion en vue de créer les conditions favorables à un développement durable à l’échelle planétaire. La prise en compte de cette problématique dans une perspective pluridisciplinaire et comparative devient de fait une exigence essentielle. En effet, l’approche comparative et interculturelle offre un cadre propice à l’échange des expériences vécues dans différents contextes, aussi bien dans les pays du sud quedans ceux du nord, en vue de faire émerger un certain nombre d’éléments susceptibles de constituer des bases pour un réajustement des politiques gouvernementales.